Session de mars 2026 : les sept points à retenir du discours d’Aimé Boji

23/03/2026

Pour son premier discours d’ouverture en tant que président de l'Assemblée nationale, Aimé Boji a fixé, le lundi 16 mars, les principales priorités politiques et institutionnelles dans un contexte marqué par de fortes tensions sécuritaires et des recompositions géopolitiques. Sécurité, diplomatie, dialogue politique, gouvernance économique, renforcement du rôle du Parlement, place des femmes dans la vie publique… Que retenir de cette prise de parole du speaker de la chambre basse du Parlement ?

 

1. Contexte international sous tension et une RDC en position stratégique

Le discours d’ouverture de la session de mars 2026 a commencé par peindre un environnement international marqué par des mutations géopolitiques, des tensions sécuritaires et des incertitudes économiques. Dans ce contexte, Aimé Boji a présenté la RDC comme un acteur appelé à jouer un rôle croissant, notamment en raison de ses ressources stratégiques et de sa position géographique.

D’entrée de jeu, le président de l’Assemblée nationale a essayé ainsi d’inscrire les enjeux nationaux dans une dynamique globale, où les rivalités autour des ressources naturelles redéfinissent les rapports de puissance entre États.

2. Urgence sécuritaire et intégrité territoriale 

Le pays fait face à une agression persistante dans l'Est, notamment par le Rwanda et ses alliés de l'AFC/M23, qui occupent des villes majeures comme Goma et Bukavu. Le président de l’Assemblée nationale a fustigé « les violences armées, les déplacements massifs et récurrents des populations et les atrocités commises contre les civils continuent d’affliger nos compatriotes avec un très lourd bilan en pertes humaines. À cela s’ajoute, la destruction environnementale, l’effritement quasi-totale du tissu économique et une crise humanitaire sans précédent ». 

Parallèlement, le groupe terroriste ADF continue de sévir en Ituri et au Nord-Kivu, tandis que la milice Mobondo et le banditisme urbain menacent l’Ouest. 

« L’occupation de territoires par des forces étrangères impose une priorité absolue à la défense nationale et au soutien de forces armées loyalistes », a conclu Aimé Boji.

3. Pari des accords internationaux

Un accord de paix avec le Rwanda a été signé à Washington en 2025. Un partenariat stratégique avec les États-Unis a également été conclu. Le président de l’Assemblée nationale a rappelé « l'engagement solennel de l’Assemblée nationale à accompagner, avec responsabilité et vigilance, la mise en œuvre de cet accord, dans l'intérêt supérieur de la sécurité des populations et de la stabilité régionale ».

En évoquant les spéculations autour de l’accord stratégique sur les minerais critiques entre la RDC et les États-Unis, Aimé Boji a rassuré que « cet accord n’entame en rien la souveraineté de notre pays, et ne brade nullement nos actifs miniers; il vise au contraire à renforcer les capacités de la RDC, à valoriser ses ressources stratégiques, et à consolider des partenariats transparents et mutuellement bénéfiques ».

4. Dialogue politique sous condition de respect de l’ordre institutionnel

Au regard du débat en cours sur le dialogue inclusif, « l’Assemblée nationale accompagnera volontiers, toute initiative de dialogue sur le sol congolais, engagée sous l’autorité du président de la République, arbitre des institutions et garant de leur bon fonctionnement », a précisé Aimé Boji. 

Il a ensuite insisté sur le fait que ce dialogue ne doit pas être une opportunité pour perturber l’ordre constitutionnel établi. Ce qui fait écho à l’ouverture encadrée au dialogue politique interne annoncée par le chef de l’État lui-même.

5. Contrôle parlementaire et redevabilité 

L’Assemblée nationale affiche une volonté de rompre avec l’attentisme en renforçant son pouvoir de contrôle sur l’exécutif. C’est en tout cas ce que son président a essayé de mettre en avant, en annonçant, entre autres, l’introduction de nouveaux mécanismes de redevabilité, à l’instar du  débat d’orientation budgétaire. Pour lui, il s’agirait là d’une étape vers une modernisation des pratiques parlementaires. 

Le président de l’Assemblée nationale a aussi exprimé son vœu de centrer la réussite de cette session sur la capacité des députés à traduire ces réformes législatives et ces efforts de surveillance en une amélioration concrète du climat des affaires et, surtout, en une paix durable pour les populations sinistrées. 

Aimé Boji a exhorté la représentation nationale à la hauteur des débats pour la session qui s’ouvre et que celle-ci « transforme l’espérance en action, le dialogue en solution, et la législation en progrès ».

6. Gouvernance économique

Le président de l’Assemblée nationale a décrit une situation alarmante face au déficit de la maximisation des ressources internes, condition indispensable pour financer les politiques publiques, renforcer les services sociaux et soutenir les investissements essentiels pour le pays

L’accent est mis sur la maximisation des recettes publiques face à l’appréciation du franc congolais et à la baisse des revenus miniers. Un collectif budgétaire pour 2026 est attendu pour ajuster les prévisions aux réalités économiques et un projet de loi des finances rectificative pour l’exercice 2026 est attendu du gouvernement.

Aimé Boji a enfin invité le gouvernement, dans un contexte de début d’année incertain pour les fonctionnaires de l’État « à ne pas perdre de vue, l’impérieuse nécessité de s’assurer de la bonne exécution des dépenses contraignantes, avec en priorité celles de la rémunération des agents et fonctionnaires de l’État ».

7. Promotion des droits des femmes 

L’engagement des femmes a été salué par le président de l’Assemblée nationale, qui a mis en avant les avancées en matière de représentation des femmes au sein des institutions, notamment au gouvernement et dirigé par la Première ministre Judith Suminwa et à l’Assemblée nationale.

« La légitimité et la richesse d’une démocratie sont également l’expression de la participation des femmes à l’élaboration des lois et à la gestion de la République », a conclu le président de l’Assemblée nationale en marge du mois dédié à la célébration des droits des femmes. 

 

Jessé Busomoke et Elie-Jack Djoli

Photo : séance consacrée à l'adoption du calendrier de la session parlementaire de mars 2026, le 20 mars 2026, @AssembleeNatRDC/Twitter