Partis politiques, circonscriptions, sexe… Qui sont vraiment les 56 signataires de la motion de défiance contre Shabani ?

29/04/2026

Déposée le 13 avril 2026 et programmée en plénière le 29 avril, la motion de défiance visant Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, a recueilli 56 signatures. Mais qui sont vraiment les députés derrière cette initiative ?

Et s’ils n’étaient pas vraiment 56 ?  L’examen de la liste des signataires de la motion de défiance contre Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, invite à nuancer le chiffre affiché et repris par de nombreux médias.   Sur les 56 signatures recensées, quatre ne permettent pas d’identifier avec certitude les députés concernés. Il s’agit d’une ligne (16) raturée et signée, d’une ligne (12) vide accompagnée d’une signature, ainsi que de deux noms (lignes 35 et 36) difficilement identifiables et introuvables sur nos bases de données reprenant la liste des députés nationaux. L’analyse qui suit porte donc sur les 52 signataires identifiés (47 hommes et 5 femmes).

Répartition des signataires identifiés de la motion de défiance contre Shabani par sexe

Une initiative politiquement dispersée

Initiée par le député Bâtissons le Congo Laddy Yangotikala, la motion ne semble pas être portée par un seul groupe parlementaire. Les signataires identifiés proviennent de 18 groupes parlementaires différents sur 21 que compte l’Assemblée nationale. Tous ou presque appartiennent à la majorité au pouvoir. Une configuration qui suggère que la motion traverse plusieurs composantes de l’Union sacrée de la nation (USN), coalition au pouvoir, au-delà d’un seul courant ou groupe parlementaire. 

Le groupe AFDC-A de Modeste Bahati, fraîchement démissionnaire de son poste de deuxième vice-président du Sénat, est le plus représenté, avec 10 signataires, soit près d’un cinquième des députés identifiés. Il est suivi par Dynamique Agissons de Sama Lukonde, président du Sénat, qui compte six signataires.

Derrière ces deux groupes, plusieurs formations apparaissent avec des effectifs plus réduits : AA-UNC de Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale, Ensemble de l’opposant Moïse Katumbi et Trois Alliances de Fifi Masuka, gouverneure de la province de Lualaba, comptent chacun quatre signataires. Les groupes AACRD-Palu, Alternance Divine, Bâtissons le Congo et Congo Uni en comptent chacun trois.

D’autres groupes sont présents de manière plus limitée : A-B50-AVK2018, AAAP-Code et Peuple Souverain comptent chacun deux signataires, tandis que AACPG et Alliés, AE-AUN-AMSC-Palu, Le Peuple D’abord, Les Patriotes, MLC et Alliés ne comptent chacun un signataire. Un non inscrit (Van Kapenda) fait également partie des signataires.

Répartition des signatures de la motion contre Shabani par groupe politique

 

D’où viennent les signataires ?

Sur le plan provincial, les signataires identifiés proviennent de 19 provinces. Mais leur répartition n’est pas uniforme. La liste montre une concentration notable dans un couloir allant du Nord-Est jusqu’au Sud-Est du pays.

Sur les 52 signataires identifiés, 32 proviennent du Bas-Uele, du Haut-Uele, de l’Ituri, de la Tshopo, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Maniema, du Tanganyika et du Lualaba. Ces provinces représentent ainsi 61,5 % des signataires identifiés. L’Ituri et la Tshopo arrivent en tête, avec sept signataires chacune, suivies du Tanganyika avec cinq et du Sud-Kivu avec quatre. 

Cette surreprésentation ne permet pas, à elle seule, de conclure à une logique territoriale uniforme. Elle montre que la contestation contre le vice-Premier ministre Shabani trouve un écho particulier dans les provinces de Nord-Est et du Sud-Est.  

Les provinces représentées parmi les signataires de la motion contre Shabani

Dans une Assemblée nationale où les motions de défiance constituent autant des instruments de contrôle parlementaire que des signaux politiques, l’identité des signataires importe autant que leur nombre. Elle renseigne aussi sur les rapports de force, les alliances ponctuelles, les tensions entre institutions et les territoires d’où émergent les critiques les plus visibles contre l’action gouvernementale.

Élie Jack Djoli