[Série] Député, ozongi ? : l’étrange cas d’un rapport attribué à une députée décédée

28/04/2026

Dans le rapport de synthèse des vacances parlementaires de décembre 2024 à mars 2025, un document apparaît au nom d’une députée pourtant décédée plusieurs mois plus tôt. Comment est-ce possible ? Éléments de réponse.

Alors que Talatala épluche les rapports de vacances parlementaires déposés par les députés nationaux, un cas pour le moins surprenant apparaît : le nom d’une députée décédée figure comme auteur d’un rapport déposé plusieurs mois après sa mort. Comment expliquer cette anomalie ?

La députée Jelina Linyonga Za Nyalembe, élue de la circonscription de Makanza, est décédée le 7 août 2024, pendant les vacances parlementaires couvrant la période de juin à septembre 2024. Le 6 septembre de la même année, les derniers hommages lui ont été rendus au palais du Peuple, en présence de Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale. 

Entre-temps, son premier suppléant, Blanchard Mongomba, a été appelé à lui succéder. Le mandat de ce dernier a été validé le 13 novembre 2024, lors de la session parlementaire suivante. Pourtant, dans le rapport de synthèse des vacances parlementaires de décembre 2024 à mars 2025, que Talatala a pu consulter, il est fait mention d’un rapport déposé le 28 mars 2025 au nom de la députée Jelina Linyonga, soit près de huit mois après son décès.

Une anomalie, deux versions

Des informations recueillies auprès de députés impliqués dans le processus de compilation des rapports indiquent que le document aurait été introduit au nom de la députée décédée. Selon cette première version, le rapport aurait été transmis par Blanchard Mongomba : ce document aurait été introduit sous le nom de la titulaire initiale du mandat, plutôt qu’au nom du député ayant repris le siège.

Contacté, le député Blanchard Mongomba a préféré nous renvoyer vers un assistant parlementaire de son équipe, également ancien collaborateur de la défunte députée. « Il va tout vous expliquer », a-t-il promis. Joint par Talatala, cet assistant pointe un « problème de mise à jour de certains fichiers administratifs à l’Assemblée nationale ».  Il ajoute que la députée Jelina Linyonga n’a jamais effectué de vacances parlementaires après son élection, puisqu’elle est décédée pendant les premières vacances parlementaires de la législature, à la suite d’une longue maladie. 

Pourtant, après la validation du mandat de Blanchard Mongomba, plusieurs documents administratifs de l’Assemblée nationale continuaient encore, selon lui, de porter le nom de la défunte. « Même autour d’avril et mai 2025, lorsque j’allais retirer certains documents au bureau du rapporteur, c’est toujours le nom de Jelina Linyonga qui apparaissait. On me demandait parfois d’ajouter au stylo le nom de Blanchard Mongomba à la place », explique-t-il.

Selon cet assistant parlementaire, le rapport concerné a été déposé au nom du député Blanchard Mongomba dans le cadre de la procédure habituelle. Il affirme ne pas avoir introduit de rapport au nom de la députée décédée. La lettre adressée au rapporteur adjoint, enregistrée le 28 mars 2025 et dont Talatala a pu consulter une copie, confirme que le document a bien été transmis par le nouveau député.

Une anomalie qui interroge

L’anomalie observée dans le rapport de synthèse de décembre 2024 à mars 2025 paraît davantage être un problème de mise à jour des bases administratives de l’Assemblée nationale, et non un dépôt irrégulier. Au moment de l’examen des rapports, la commission spéciale et temporaire chargée d’en établir la synthèse n’aurait pas relevé cette incohérence. Selon un député membre de cette commission ayant requis l’anonymat, celle-ci devait traiter 476 rapports de vacances parlementaires, transmis comme tels par le bureau du rapporteur adjoint de l’Assemblée nationale. Dans ces conditions, selon cette source, aucune vérification individuelle systématique de l’identité des auteurs n’aurait été possible.

Plus largement, le processus de dépôt des rapports de vacances parlementaires souffre de plusieurs dysfonctionnements administratifs. Certains députés se sont plaints auprès de la même commission de ne pas voir leurs rapports repris dans les documents de synthèse présentés en plénière. Du côté de la commission, on explique que ces situations sont parfois liées à des dépôts effectués hors du circuit prévu : certains parlementaires remettraient leurs rapports directement au bureau du président de l’Assemblée nationale ou à celui de ses vice-présidents, au lieu de les transmettre au bureau du rapporteur adjoint.

D’autres situations relevées dans le rapport couvrant décembre 2024 à mars 2025 montrent que certains suppléants, pourtant validés, continuent d’apparaître sous les noms des titulaires initiaux du mandat. Ceci brouille l’identification des auteurs réels des rapports. C’est notamment le cas de Jacques lunga et Brigitte Nkembi, respectivement suppléants de Désiré Casimir Kolongele et André Wameso qui ont accepté des mandats incompatibles. 

Ces pratiques peuvent créer des écarts entre les rapports effectivement rédigés et ceux enregistrés dans la procédure officielle, compliquant le travail de compilation.

Au-delà de ces anomalies, l’épisode laisse transparaître les limites du dispositif actuel de suivi des rapports de vacances parlementaires. L’apparition du nom d’une députée décédée dans les documents de synthèse révèle la persistance de procédures largement manuelles dans la gestion de certaines tâches parlementaires. De quoi relancer la question de la modernisation et de la digitalisation des fonctions administratives de l’Assemblée nationale. Ce cas peut-il accélérer ce chantier ? 

Elie-Jack Djoli, avec Trésor Kibangula

Photo : capture d'écran de la couverture du rapport des vacances parlementaires de mars 2025, le 28 avril 2026